Il y a un an, les biologistes avaient officiellement déclaré que la société avait atteint son « pic pileux » (le stade auquel plus les gens se laisseraient pousser la barbe, moins elle serait attirante). Cependant, peu importe l’âge ou le pays, une multitude de signes indique que l’attrait pour le poil a encore de beaux jours devant lui.
La Somerset House’s Beards, une célébration photographique des pogonophiles (du 5 au 29 mars), est l’une des expositions incontournables de 2015. Entre-temps a été lancée il y a peu l’application de rencontre Bristlr, exclusivement dédiée aux barbus et à leurs admirateurs. Sans parler de l’explosion des produits d’entretien dédiés au mâle hirsute (avec des marques telles que Baxter of California, Natty Man ou Murdocks), et de toute une nouvelle génération de barbiers, dont le récent Barber & Parlour à Londres, qui propose une expérience d’une journée à travers des installations ingénieuses, telles qu’un cinéma indépendant au sous-sol.
Barber & Parlour a récemment ouvert un salon à Hackney, une place de choix dans ce quartier à la pointe de la tendance. En effet, ses habitants font office de trend setters et comptent parmi les premiers, avec ceux de Portland et de Brooklyn, à avoir adopté la mode qui signe le millénaire : celle de la pilosité faciale, réapparue en 2005. Selon des observateurs culturels tels qu’Ekow Eshun du New York Times, la bulle Internet, le 11 septembre et le pouvoir financier croissant des femmes ont poussé les hommes à arborer des bacantes comme moyen d’exprimer leur nostalgie d’une époque plus simple et de réaffirmer leur virilité.
Les barbes ont donc ainsi conquit le grand public grâce au soutien des hipsters, de célébrités telles que David Beckham et George Clooney, ainsi qu’à la popularité de la campagne Movember. Même la salle du conseil, pourtant traditionnellement conservatrice, a également accepté en son sein le port du poil au visage (le cofondateur de Google, Sergey Brinn, et le directeur général de Goldman Sach’s, Loyd C. Blankfield, suivent tous deux le mouvement), bien que toute barbe dépassant la longueur moyenne y soit interdite.
L’essor de la barbe a d’abord eu un impact sur ce qui était perçu comme un secteur à la croissance inébranlable : les produits de toilette pour homme. En 2013-2014, les ventes de produits de rasage et soins pour la peau ont accusé une chute de 72 millions de livres au seul Royaume-Uni. Cependant, tout n’est pas que mauvaises nouvelles, car le déclin des produits de rasage a ouvert la voie aux soins pour la barbe, qui connaissent depuis une croissance constante.
Les barbiers font aussi un retour fracassant. En 2013, plus de 150 d’entre eux émergeaient sur la grand-rue assiégée du commerce britannique, plus que tout autre type de négoce, éclipsant ainsi les salons de coiffure plus onéreux réservés aux hommes.
Le barbier 2.0 se concentre sur les accessoires et l’expression de soi. Il est accompagné d’un personnel qui prodigue de précieux conseils sur la manière de tailler proprement votre ornement facial, de l’hydrater et de le sculpter. C’est également une question de virilité. « Oui, c’est un environnement très masculin, comme un club privé où la ville rencontre la campagne », reconnaît Brendan Murdock, fondateur du très cool grand-magasin Murdock. Cette enseigne pour gentlemen huppés a ouvert six filiales londoniennes en moins d’une décennie, en plus d’offrir une gamme de produits qui couvre tout ce qui va des hydratants aux brosses à barbe. « Notre objectif est de créer une marque qui incarne un mode de vie, avec des évènements, des livres et un espace auquel les gens souhaitent appartenir. »
Sans surprise pour un homme de 39 ans dont le produit phare est une huile pour la barbe, Murdock se garde bien de se prononcer sur le moment où le poil pourrait enfin tomber en disgrâce. Toutefois, il a avancé ailleurs que les cheveux longs avec la barbe ou même la moustache, seraient la prochaine tendance à être adoptée par l’avant-garde de la mode. Pour lui, la pilosité faciale offre un contrepoint bienvenu à l’homogénéité de la mode masculine contemporaine, une manière pour les hommes d’exprimer leur personnalité et d’expérimenter. Quelle que puisse être la prochaine grande sensation, Murdock et ses confrères du secteur de la toilette se tiennent prêts à évoluer avec elle : « Je pense sincèrement que notre rôle est de mettre nos clients au défi et de les encourager à repousser constamment leurs limites ».
Marie-Noël Bauer
Crédits photo ©DidierPazery

